21/05/2007

de Florence Ghibellini, 28 Mars 2006

Les Ondes Martenot ouvrent des espaces de perceptions qu’il n’est pas possible d’explorer avec les instruments classiques et la façon dont ils sont généralement utilisés. En effet, la musique s’écrit généralement sur une gamme tempérée, en sorte que la structure sonore s’inscrit sur une grille de tons et demi-tons, et que l’on n’explore presque jamais ce qui les sépare. Si bien que le nombre de notes entendues par l’oreille est toujours très limité : quatre-vingt huit notes pour un piano. Quatre-vingt huit sons à explorer… bien sûr, il y a les harmoniques… mais que reste-t-il à l’enregistrement de toutes ces combinaisons et variations subtiles de fréquence que l’on peut entendre lorsque l’on écoute un véritable instrument ? L’avantage des Ondes, c’est qu’elles peuvent nous rendre directement accessibles toutes ces notes habituellement inexplorées. Cela serait également possible avec les instruments à corde, mais ils sont rarement utilisés dans cette optique, et c’est surtout dans la musique indienne que l’on peut les entendre.

Afin de dénouer les blocages énergétiques et psychologiques d’une personne, on peut lui faire exécuter un mouvement, comme en Tai-chi par exemple. Dans ce mouvement, on constatera qu’il se produit des « sauts », correspondant à des nœuds physiques, qui eux-mêmes correspondent à des traumatismes. Afin de libérer le traumatisme, on explore l’espace qui se trouve entre les deux extrémités du saut. Pourquoi n’en serait-il pas de même avec l’oreille ? A quelles zones inexplorées de notre psyché correspondent toutes ces fréquences oubliées, entre chaque demi-ton ?

Ce sont ces espaces que les Ondes nous rendent accessibles, nous permettant ainsi de nous libérer de nos repères habituels, d’abandonner nos schémas de pensée.

S’il n’y avait qu’absence de repères, cela ne pourrait pas fonctionner, bien sûr, car il n’existe de liberté qu’en fonction d’un ordre. Et c’est ce qui est intéressant dans certaines compositions de Claude-Samuel Lévine : des moments d’une totale liberté, sans repères sonores ou rythmiques, une sorte de chaos primordial riche de toutes les possibilités, et puis soudain le surgissement d’un rythme, d’un ensemble d’harmonies, qui tout à coup vont solidifier une forme sonore, une structure… et puis cela se redissout dans l’océan du son primordial.

Mais, dira-t-on, n’importe quel synthétiseur permet de faire la même chose. A la différence près que celui qui joue du synthétiseur ne se trouve pas en prise directe avec le son et ses variations. Avec le jeu au ruban et la touche de la main gauche, c’est la sensibilité du musicien qui détermine le son. Comme le dit Claude-Samuel Levine : « Les Ondes Martenot sont si sensibles que l'instrumentiste, avec une bonne technique de jeu, a l'impression que l'instrument est un prolongement direct de sa pensée. Cet instrument traduit tous les sentiments et intentions du compositeur et de l'interprète, ceci grâce à l'inertie quasi nulle de l'électricité ». Il en résulte des compositions qui sont l’expression directe de la sensibilité du musicien. Pour l’auditeur, il suffit de s'installer dans la sensation et d'écouter. C'est harmonieux non seulement pour l'oreille mais aussi pour le corps. Si le musicien sait rester dans la justesse de son écoute, il ne peut pas se tromper. C’est cette justesse, qu’il transmet à l’auditeur, cette harmonie, alliée à sa liberté en tant qu’explorateur de nouvelles possibilités sonores.

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